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Carte blanche parue dans Le Vif

Plusieurs présidents de CPAS bruxellois se déclarent favorables à la réforme du chômage, malgré la pression qu’elle entraîne sur leurs institutions. «Le CPAS n’est pas là pour maintenir la tête hors de l’eau, mais pour apprendre à nager», écrivent-ils dans cette carte blanche.

Le CPAS d’Anderlecht a récemment fait la une de l’actualité pour ses graves difficultés (retard dans les dossiers à traiter, explosion des recours en justice…). Cette situation doit interpeller collectivement, car elle révèle une réalité profonde: une partie du modèle social bruxellois arrive progressivement à saturation.

Ces 20 dernières années, Bruxelles s’est terriblement appauvrie. En 2024, 37,3% des habitants de Bruxelles étaient en risque de pauvreté ou d’exclusion sociale. C’est presque trois fois plus qu’en Flandre (12,9%), et bien plus qu’en Wallonie (21,8%). Autour des années 2000, le chiffre bruxellois était de 25%.

Pendant trop longtemps, la classe politique bruxelloise a préféré gérer les conséquences plutôt que de s’attaquer aux causes profondes, sans remettre suffisamment le travail, l’émancipation et la croissance économique au cœur du projet collectif. Et cela a une conséquence directe sur les CPAS, puisqu’ils sont obligés d’absorber une part croissante des fractures de la Région: explosion des demandes d’aide, crise du logement, précarité énergétique, santé mentale, isolement, dépendances, pénurie de personnel…

Aucune fatalité

Chaque jour, des milliers de travailleurs sociaux, éducateurs, infirmiers et équipes de terrain accompagnent des Bruxelloises et des Bruxellois dans des situations très difficiles. Leur travail est essentiel. Mais la réalité est sévère: assistants sociaux surchargés, délais d’attente, procédures incompréhensibles… Depuis trop longtemps, le système social fonctionne sans réformes structurelles suffisantes. Aujourd’hui, à Bruxelles, l’aide sociale augmente plus vite que le travail, et cette situation fragilise la Région.

Plusieurs CPAS ont engagé des réformes profondes: priorité à l’emploi et à la formation, modernisation des services, simplification administrative, numérisation et développement des partenariats avec les entreprises. L’objectif est clair: faire du CPAS non pas un outil de gestion de la précarité, mais un levier de retour vers l’autonomie.

Réformer l’aide sociale en profondeur

La solidarité est un devoir. Mais elle ne peut pas devenir un destin permanent. Notre objectif est donc clair: permettre à un maximum de Bruxelloises et de Bruxellois de sortir le plus rapidement possible d’une dépendance durable à l’aide sociale, notamment grâce à l’emploi, à la formation et à l’accompagnement intensif. Le CPAS n’est pas là pour maintenir la tête hors de l’eau, mais pour apprendre à nager.

Bruxelles ne pourra pas continuer longtemps avec un taux d’emploi trop faible, une dépendance croissante aux aides publiques, des finances locales sous tension et des institutions sociales qui absorbent seules toutes les fractures économiques.

C’est aussi pour cette raison que nous soutenons les réformes visant à augmenter le taux d’emploi et à remettre davantage de personnes en activité, notamment la réforme de la limitation dans le temps des allocations de chômage. Ces réformes créent une pression importante sur les CPAS, mais elles peuvent aussi devenir une véritable opportunité de transformer profondément nos politiques d’insertion sociale et professionnelle. Et c’est ce que nous devons faire à l’échelle régionale.

Première priorité: remettre la formation et le travail au cœur des politiques sociales. Les CPAS doivent davantage favoriser l’accès à l’emploi, à la formation et au retour à l’autonomie, avec un accompagnement plus personnalisé et orienté vers l’émancipation.

Deuxième priorité: simplifier le fonctionnement des CPAS. Il faut réduire la bureaucratie, moderniser les outils numériques, automatiser certaines tâches et alléger les procédures pour améliorer l’efficacité au service des bénéficiaires et des équipes.

Troisième priorité: moderniser la gouvernance bruxelloise. Une meilleure coordination entre communes et CPAS permettrait de mutualiser certains services, de réduire les coûts, d’accélérer les décisions et d’améliorer la gestion des moyens publics. Dans plusieurs communes dirigées par des majorités libérales, des mutualisations et rapprochements sont déjà engagés entre communes et CPAS afin de gagner en efficacité, en rapidité de décision et en bonne gestion des moyens publics. Cette dynamique doit inspirer toute la Région.

Bruxelles mérite une solidarité forte. Mais elle mérite surtout une solidarité qui relève, accompagne et remet en mouvement. Une société juste n’est pas une société qui organise durablement la dépendance, c’est une société qui redonne à chacun la capacité de reprendre sa place.

David Weytsman, président du CPAS de la ville de Bruxelles;

Muriel Godhaird-Sterckx, présidente du CPAS de Woluwe-Saint-Pierre;

Arnaud Van Praet, président du CPAS d’Etterbeek;

Michel Cohen, président du CPAS d’Uccle;

Marcela Gori, vice-présidente du CPAS d’Anderlecht;

Ibrahim Yilmaz, vice-président du CPAS de Schaerbeek.