Avec Alexia Bertrand – Cheffe de Groupe MR au Parlement bruxellois –, il nous semble plus que jamais important d’agir pour le quartier Nord. Retrouvez notre vision politique dans notre carte blanche ci-dessous. Cette dernière fut publiée dans Le Vif cette semaine. Vous retrouverez le texte original en cliquant ICI.

En effet, le quartier Nord est confronté à de graves problèmes : faits de violence quotidiens, deals et consommation de drogues dures en rue, saleté extrême et généralisée, racket… Habitants, commerçants, travailleurs, acteurs associatifs de ce quartier, rêvé jadis par les pouvoirs publics comme cité « canon » de l’architecture moderne, n’en peuvent plus. À bout, ils tiraient ce mercredi la sonnette d’alarme dans une carte blanche, à retrouver ICI.

Pour répondre à ces enjeux, notre vision stratégique pour le Quartier Nord se décline en trois axes majeurs:

  1. La création d’un véritable quartier urbain multifonctionnel;
  2. La sécurité comme condition essentielle d’une meilleure qualité de vie;
  3. La propreté, parent pauvre des quartiers populaires bruxellois.

 

Carte blanche (Alexia Bertrand et David Weytsman): Les violences explosent dans le quartier Nord à Bruxelles: un lieu sans avenir ?

Comment en est-on arrivé là ? Comment expliquer une telle dégradation de la qualité de vie dans ce quartier, situé à moins d’un kilomètre du centre-ville de Bruxelles ? Quelle vision d’avenir pour ramener de la sérénité et de la convivialité au sein d’un quartier qui est devenu l’un des plus compliqués de notre ville-Région ?

L’histoire contemporaine du quartier Nord est le fruit de décisions urbanistiques prises dans les années 1960, qui ambitionnaient d’en faire un quartier d’affaires de premier plan, sur le modèle des « financial districts » américains, avec ses gratte-ciels et ses grandes routes urbaines, supposées le rendre aisément accessible depuis les quatre coins du pays.

On parle alors de « projet Manhattan » pour qualifier ce qui doit devenir un quartier ultra-moderne et agréable pour les dizaines de milliers d’employés des futurs bureaux. La mise en œuvre de ce projet entraîne l’expropriation d’habitants ainsi que la démolition de leurs immeubles considérés, souvent injustement, comme sales et vétustes.

Dans les années 1970, la crise économique frappe notre pays et stoppe l’ambition de ce vaste programme urbain : plusieurs projets sont abandonnés, laissant derrière eux un quartier inabouti, marqué en plusieurs endroits par des chancres urbain et par une impression de trous béants dans la ville.

Malgré une relance partielle dans les années 1980, le quartier demeure inachevé et dysfonctionnel à plusieurs niveaux. La présence importante de la prostitution et le phénomène de déplacement de populations précarisées, dont un certain nombre de transmigrants, complexifie le climat social dans le quartier.

Ces dernières années, les conditions de vie du quartier se sont dégradées à une grande vitesse : le vide locatif des surfaces de bureaux et des commerces, encore renforcé par la pandémie et la généralisation du télétravail dans la période postpandémique, a entraîné une diminution du contrôle social.

Cette perte de contrôle social a entraîné l’augmentation des trafics de drogue et de différents actes de violence, avec un sentiment d’impunité manifeste qui renforce encore le sentiment d’insécurité des habitants et des passants.

Face à ces constats, face aux différents cris d’alarmes envoyés ces dernières années par différents collectifs d’habitants et d’associations présentes dans le quartier, le politique ne peut plus rester muet : il revient de sa responsabilité de proposer une vision d’avenir concrète et encourageante pour le quartier Nord.

Cette vision passe par trois axes majeurs.

1. La création d’un véritable quartier urbain multifonctionnel

La logique de monofonctionnalité voulue dans les années 1960, dont le projet Manhattan fut le prototype avec une programmation exclusivement réservée au secteur des bureaux, doit définitivement être abandonnée. La pratique a démontré que lorsque le quartier Nord est uniquement dédié aux bureaux, il devient bien moins fréquenté en dehors des heures de travail, renforçant le sentiment d’insécurité en soirée, avec toute une série de personnes errantes, hélas souvent droguées.

Il s’agit donc de promouvoir une diversité de fonctions. Outre les bureaux présents, il faut y construire des logements qualitatifs, y favoriser l’implantation de commerces, d’établissements HoReCa et construire de nouveaux équipements sportifs et de loisirs, afin de créer un nouveau dynamisme urbain. Pour viabiliser ces changements, nous devons favoriser la création dans les tours de bureaux existantes de rez-de-chaussée commerciaux ou destinés aux cafés et aux restaurants, ce qui renforcera l’animation du quartier, y compris en soirée.

Le projet ZIN, qui remplacera prochainement les anciennes tours du Word Trade Center, en offrant un nouvel espace verdurisé de 14 étages destiné aux bureaux, mais aussi à l’hôtellerie et aux logements de qualité, s’inscrit dans cette dynamique de renouveau que le MR soutient.

Mais nous ne pouvons pas nous contenter d’en rester là : le politique doit non seulement soutenir, mais également initier un véritable bouleversement urbanistique dans le quartier.

Or, dans le discours des partis à gauche du spectre politique, on constate encore trop souvent une réticence, voire un refus catégorique de travailler avec le secteur privé, comme si celui-ci n’avait pas de rôle à jouer dans l’amélioration des conditions de vie des Bruxellois. Au contraire, nous pensons que pour passer de l’incantation à l’action, il est indispensable que les acteurs privés, publics et associatifs travaillent main dans la main pour aboutir à de nouvelles programmations urbaines concertées.

C’est la raison pour laquelle nous soutenons pleinement les initiatives comme celle d’Up4North, ASBL créée en 2016 afin de réunir les grandes entreprises, les associations et les comités de quartier présents dans le quartier Nord, dans l’objectif de le transformer en un véritable morceau de ville, mixte et agréable pour tous.

Les autorités politiques bruxelloises doivent se montrer davantage proactives, en mettant leurs stéréotypes de côté, en faisant confiance aux partenaires privés et en devenant elles-mêmes les initiatrices de pareilles « coalitions de développement ».  Cela demandera de la part des autorités publiques une accélération de la délivrance des permis d’urbanisme pour les grands projets, bien plus lents à Bruxelles que dans les deux autres Régions…

Nous pensons aussi qu’il est primordial de rendre le quartier plus attractif pour les classes moyennes bruxelloises, en proposant du logement qualitatif, parfois de standing, et toute une nouvelle programmation socio-culturelle. Ces changements seront positifs pour l’ensemble du quartier et de ses habitants.

À nouveau, nous nous opposons frontalement aux idéologies de gauche (voire d’extrême gauche), qui prônent systématiquement l’opposition à tout projet d’embellissement sous prétexte que ceux-ci ne répondraient pas aux besoins des habitants. Cette logique de raisonnement aboutit à un enfermement social qui se matérialise par la création de ghettos, dans lesquels plus aucune mixité et émancipation sociale n’ont droit de cité.

Nous pensons pour notre part que la pauvreté n’est pas une vocation ni une fatalité : nous devons créer une nouvelle configuration urbaine qui donnera envie aux familles de la classe moyenne de s’installer à Bruxelles, y compris – et peut-être surtout – dans les quartiers populaires.

Il importe également de veiller à ce que les jeunes du quartier puissent bénéficier d’activités extrascolaires en suffisance, dont des Maisons de jeunes, des écoles de devoirs et des infrastructures sportives. Outre l’aspect émancipateur et social pour les jeunes, cela permet d’éviter qu’ils traînent dans la rue dès le plus jeune âge. Les politiques de formation et d’emploi doivent y être renforcées. Le taux de chômage y reste dramatiquement élevé. Ce n’est pas une fatalité.

Depuis une dizaine d’années, les associations interpellent les politiques sur le phénomène d’errance, en particulier chez les jeunes. La Ville de Bruxelles et la Région doivent en faire une priorité. Ce n’est pas la construction d’un grand centre de consommation de drogue qui permettra de répondre aux défis. Au contraire, il pourrait avoir comme conséquence de concentrer encore davantage les problèmes dans ce quartier qui abrite un public largement fragilisé. Nous plaidons pour une présence sociale renforcée, dans la rue, comme dans les lieux d’accueil existants mais aussi pour un trajet de prise en charge de personnes à la santé mentale affaiblie. Il faut pouvoir aider directement les plus vulnérables, parfois sans abri et sans ressource.

2. La sécurité comme condition essentielle d’une meilleure qualité de vie

Nous ne le rappellerons jamais assez : au MR, nous sommes convaincus que la sécurité est une condition essentielle de la vie en société. Il n’est d’ailleurs pas concevable de vouloir mener une politique visant à attirer les familles de la classe moyenne dans le quartier, sans investissements massifs pour garantir la sécurité des actuels et des futurs résidents.

Pour ce faire, il est primordial de renforcer la présence sur le terrain de patrouilles policières et de gardiens de la paix : cela renforcera le sentiment de sécurité et augmentera le contrôle social au sein du quartier.

Au niveau du fédéral, nous plaidons depuis longtemps pour que certains délits puissent être poursuivis dans le cadre d’une comparution immédiate devant la justice, afin de réprimer rapidement les faits de violence (en flagrant délit par exemple) et de diminuer le sentiment d’impunité beaucoup trop présent dans les rues les plus sombres de notre capitale.

Si la gestion des zones de police constitue avant tout une compétence communale, la Région bruxelloise ne pourra plus rester indéfiniment au balcon des graves agressions physiques et verbales qui surviennent chaque jour.

Lors de la sixième réforme de l’État, la Région bruxelloise a hérité de nouvelles compétences dans le domaine de la sécurité. Le rôle du Ministre-Président comme « super coordinateur » de la politique de sécurité a été renforcé ainsi qu’en matière de formation et de recrutement pour améliorer la proximité et la stabilité des agents bruxellois.  Le Ministre-Président est chargé depuis lors de veiller au maintien de l’ordre public (à savoir la tranquillité, la sûreté et la salubrité) en coordination avec les communes et peut à cet effet faire appel à la Police fédérale. Ces nouvelles responsabilités ont abouti à l’adoption d’un Plan Global de Sécurité et de Prévention pour la Région bruxelloise, qui peut désormais prendre l’initiative de coordonner, en collaboration avec les autres autorités compétentes, l’élaboration d’axes politiques concernant la sécurité en ce compris dans les stations, sites souterrains et surfaces destinées aux transports publics.

Des outils existent donc bel et bien et le Ministre-Président s’est vu confier un rôle important qu’il doit incarner avec les 19 communes de la capitale. Bientôt, un avant-projet de loi en cours d’élaboration au niveau fédéral, devrait encore accroître ce rôle en cas de problèmes de sécurité exceptionnels, aigus ou inattendus, qui dépassent les limites d’une zone de police par exemple.

Au sein du quartier Nord, qui se situe à cheval entre les communes de Bruxelles-Ville, de Saint-Josse et de Schaerbeek – complexifiant actuellement la coordination des opérations de sécurité dans la zone, cette fortification de la fonction du Ministre-Président pourrait jouer un rôle clé… à condition que l’occasion soit saisie par celle ou celui qui exercera cette fonction de développer un leadership fort permettant de poser des actes concrets.

3. La propreté, ce parent pauvre des quartiers populaires bruxellois

Tous les Bruxellois le savent, Bruxelles est encore beaucoup trop sale dans de nombreux quartiers, en particulier dans le centre.

Les alentours de la gare du Nord n’échappent hélas pas à ce constat : dépôts clandestins, poubelles qui s’amoncellent, déchets au sol… le quartier Nord ressemble malheureusement souvent à un grand dépotoir à ciel ouvert, renforçant encore le sentiment d’insécurité.

Il est dès lors impératif d’investir massivement pour intensifier le nettoyage des rues, en particulier sur les axes commerciaux que sont la rue de Brabant, la rue d’Aarschot, la rue du Progrès et tous les abords immédiats de la gare du Nord où arrivent par ailleurs un certain nombre de bus internationaux.

Nous devons mettre sur pied de véritables brigades de la propreté, composées de policiers, d’agents communaux et régionaux des services de propreté publique ainsi que de volontaires qui seront chargés d’un travail de sensibilisation mais aussi de répression.

Le MR plaide par ailleurs pour un durcissement des sanctions pour les auteurs d’incivilités, qui doivent systématiquement se voir infliger des peines de travail d’intérêt général, de préférence en lien avec la propreté publique. Les majorités de gauche successives, au pouvoir en Région bruxelloise depuis près de 20 ans, se sont en effet montrées bien trop laxistes sur la répression des infractions en matière de propreté avec le résultat que l’on connaît aujourd’hui.

Une étendue du réseau de caméras de surveillance à tous les points connus de dépôts clandestins doit également constituer une priorité.

De manière plus globale, nous plaidons pour que les questions de propreté publique puissent être abordées dans toutes les écoles, parallèlement à la question de la protection environnementale.

Enfin, les compétences institutionnelles en la matière devront être clarifiées rapidement : pour le citoyen bruxellois, il est devenu complètement inaudible de s’entendre dire que telle voirie n’est pas du ressort de la commune mais de la Région, et inversement.

Il est devenu intolérable que certaines idéologies politiques, prétendument de gauche, s’opposent à la transformation urbaine des quartiers populaires et à leur embellissement en agitant le fantôme de la gentrification, entravant ainsi le renouvellement qualitatif de la vie en ville. Pourquoi la propreté ou le beau devraient-ils être un luxe réservé aux quartiers les plus nantis de la capitale ?

Nous ne pouvons plus accepter que le quartier Nord soit encore considéré comme une zone de relégation, où, passé une certaine heure, n’auraient plus droit de cité que les dealers, les personnes sans-abri, les bandes urbaines, les pauvres hères et les toxicomanes.

Nous refusons que la situation que vit actuellement le quartier Nord soit considérée comme une fatalité.

Nous pensons que ces trois axes majeurs, expérimentés dans d’autres villes avec succès, peuvent permettre à ce quartier populaire, multiculturel et d’activités de bureaux de connaître un second souffle.

Et nous nous battrons pour.

Alexia Bertrand: Cheffe de Groupe MR au Parlement bruxellois

David Weytsman: Député bruxellois et Chef de Groupe MR au Conseil Communal de la Ville de Bruxelles

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